Contexte

Dans un contexte de pénalisation de la prostitution et du racolage au Cameroun par l’article 343 (ordonnance présidentielle n°72-16 du 28 septembre 1972) qui stipule:

« 1° est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 FCFA à 500 000 FCFA toute personne de l’un ou de l’autre sexe qui se livre habituellement moyennant rémunération à des actes sexuels avec autrui. »

« 2° est puni des mêmes peines celui qui en vue de la prostitution ou de la débauche procède publiquement par geste, parole écrits ou par tout autre moyen au racolage de personnes de l’un ou de l’autre sexe. »

Depuis l’entrée en vigueur de cette fameuse loi, l’article 343 des ordonnances de 1972 qui pénalise la prostitution et  le racolage au Cameroun, les conditions des travailleurs/travailleuses de sexe n’ont cessé de se dégrader à cause de la clandestinité : augmentation des viols, stigmatisation, escroquerie, arrêtés municipaux visant à écarter les travailleuses du sexe des centres-villes des régions et lieux de passage et pire encore les tracasseries et rafle par la Police et la Gendarmerie.

Les procès dans les tribunaux pour prostitution sont presque inexistants, ce qui signifie que la prostitution est tolérée au Cameroun.

Afin de mettre fin à la stigmatisation et aux conditions de vie et de travail inacceptables, les autorités Camerounaise doivent encourager la sensibilisation du grand public sur la question du travail du sexe. Le gouvernement Camerounais doit reconnaître le métier du sexe comme toute autre activité génératrice de revenus et par conséquent, protéger les droits humains des travailleurs/travailleuses de sexe.

Dans ce contexte non sécuritaire et répressif contre toutes les Travailleurs/ses du sexe, le besoin d’être visibles, de nous retrouver, et de nous organiser est plus que jamais d’actualité afin de faire entendre nos voix.

A cause de cette loi braconnière qui n’est jamais passée par le parlement, le gouvernement a failli à son devoir de créer des programmes de prévention et de recueillir des données sur les travailleurs/travailleuses du sexe au Cameroun.

Nous, prostitué(es) voulons faire savoir au Camerounais et au delà de nos frontière que :

  • · La prostitution a toujours existé depuis l’aube des temps et même dans les habitudes socioculturelles propres à l’Afrique.
  • · La prostitution n’est pas la traite des êtres humains ni une violence faite aux femmes !
  • · La prostitution est un choix. Il s’agit d’un service sexuel tarifié entre adultes consentant.
  • · Déstabiliser, criminaliser, et mettre en danger les Travailleurs/travailleuses de sexe sans parvenir à protéger les personnes victimes des violences auxquelles elles font face au quotidien violent la charte de la déclaration universelle des Droits de l’homme.
  • · Depuis 2009 les personnes prostituées de la ville de Douala, par le billet de l’association Aids-Acodev et d’autres associations sœurs démontrent leurs connaissances, non seulement dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA, mais également dans celui de l’accès aux droits en conclave.

Aujourd’hui, nous brisons le silence et voulons faire entendre nos voix.

Nous voulons informer les parlementaires des conséquences désastreuses d’une telle ordonnance de loi dépassée qui n’a plus sa place en ce troisième millénaire et en plus, d’après la constitution du 18 janvier 1996 où les pouvoirs ont été séparés, nous ne voulons plus: la clandestinité, l’exclusion, la vulnérabilité, et la dégradation de la situation sanitaire et sociale pourtant déjà critique.

La pénalisation de la prostitution bloque notre travail de prévention sur le terrain lors de nos sorties et visites à domicile: l’augmentation des contaminations VIH/SIDA, des hépatites, des IST tel que les condylomes.

En plus :

Les Travailleurs du Sexe sont victimes de multiples violences telles que: violences physiques, verbales, psychologiques, sexuelles et conjugales

Les coupables sont des clients violents, les personnes qui les exploitent, la police et les boys de nuits.

Les Travailleurs du Sexe du Cameroun exercent leur activité dans la crainte permanente d’être arrêtées, et mise en garde à vue.

Adonis Tchoudja

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